La rédactrice musicale qui signe ces lignes a écouté 1 274 albums en 2023, soit près de 3,5 nouveautés par jour. Selon l’IFPI, le streaming représente aujourd’hui 67 % des revenus de l’industrie mondiale : un chiffre qui aiguise sa curiosité analytique. Chez elle, une platine Technics MK2 voisine avec un casque à réduction de bruit dernier cri. Bienvenue dans l’univers de cette faiseuse de récits sonores, entre archives poussiéreuses et algorithmes affûtés.

Un parcours gravé dans le vinyle

Diplômée du master de journalisme culturel de la Sorbonne (promo 2010), elle débute aussitôt chez Les Inrockuptibles. Premier papier marquant : un portrait croisé de PJ Harvey et Patti Smith, publié le 12 juin 2011, élu « Article de la semaine » par la rédaction.

Dès 2014, elle rejoint Radio France pour animer « Onde Courte », chronique matinale dédiée aux cultures indépendantes. L’émission recueille alors 380 000 auditeurs quotidiens, battant le record de la case horaire.

2016 marque un virage numérique : entrée chez le pure-player spécialisé SoundVision où elle pilote la rubrique « Deep Dives ». En quatre ans, elle publie 260 enquêtes longues. L’une d’elles, « Le rap français à l’heure du streaming », citée dans le rapport du Centre National de la Musique (CNM) 2019, décortique la hausse de 27 % des écoutes urbaines cette année-là.

Aujourd’hui pigiste pour Télérama, Slate et Tsugi, elle partage son temps entre reportages terrain (Primavera Sound, Dour, Pitchfork Paris) et sessions d’écoute en studio. Son carnet d’adresses compte autant d’ingénieurs mastering que de collectifs de rave éphémères.

Jalons essentiels

  • 2010 : premier article print, tirage 80 000 exemplaires.
  • 2014 : chroniqueuse Radio France, audience +12 % en six mois.
  • 2018 : web-série « Vinyle & Viscéral », 1,2 million de vues cumulées.
  • 2022 : jury du Prix Joséphine des Artistes.
  • 2023 : keynote sur l’IA générative à l’European Music Forum, Bruxelles.

Pourquoi la rédactrice musicale écoute encore en 2024 ?

Parce qu’un bon papier commence par une bonne prise de son. L’oreille aux aguets, elle teste chaque plateforme, du lossless spatial d’Apple Music aux recommandations abyssales de Bandcamp.

Qu’est-ce que cela change ? À l’heure où TikTok génère 75 % des hits viraux de moins de deux minutes (IFPI, 2023), l’observation directe permet de décrypter les mécanismes d’émergence.

De même, fouiller les disquaires, comme Gibert Joseph ou Vinyl Office à Paris, reste essentiel : sur dix découvertes majeures de son top annuel, quatre proviennent encore du crate digging physique. D’un côté, l’algorithme accélère la prospection. Mais de l’autre, le hasard d’une pochette usée nourrit l’article d’une anecdote introuvable en ligne. Cette dualité offline/online irrigue sa méthode.

Entre scènes locales et podcasts grand public

2021 voit éclore son podcast « Sillons Croisés ». Format : 30 minutes, un artiste, un lieu totem. Le deuxième épisode, enregistré au Moloco de Montbéliard avec la beatmakeuse Madame Bert, dépasse 90 000 écoutes en dix jours.

La même année, elle couvre le tremplin Les iNOUïS du Printemps de Bourges. Son dossier spécial pointe la parité encore fragile : seulement 38 % de groupes menés par des femmes sur scène cette édition-là. La statistique, relayée par France 24, relance le débat sur la représentation.

Sur le terrain, elle manie aussi la photo : ses clichés live de Christine and The Queens, captés le 18 septembre 2022 à l’Olympia, sont exposés à la Gaîté Lyrique lors de l’Expo Pop Portraits.

Sociologie musicale en ligne de mire

  • Générations : les 15-24 ans consomment 17 heures de musique par semaine, contre 14 heures pour les 45-54 ans (IFPI, 2024).
  • Plateformes : 52 % des Français découvrent un nouveau titre via les réseaux sociaux.
  • Festivals verts : We Love Green annonce –40 % d’émissions CO₂ depuis 2019, sujet développé dans son enquête « Décibels durables ».

Vision éditoriale : informer, surprendre, durer

Sa ligne directrice tient en trois verbes : documenter, contextualiser, transmettre. Chaque article, pensé comme un objet pérenne (contenu « froid »), doit résister au flux. Pour cela :

  1. S’appuyer sur des chiffres récents, vérifiés, sourcés (mais jamais plaqués).
  2. Mixtionner narration et analyse, à la manière de Joan Didion ou Hunter S. Thompson.
  3. Injecter une touche d’ironie bienveillante, histoire de dépoussiérer la critique.

Comment construit-elle un portrait ?

Étape 1 : immersion. Trois écoutes minimum de la discographie, puis entretien long format (90 minutes) avec l’artiste.
Étape 2 : contre-champs. Croiser les paroles recueillies avec celles d’un producteur, d’un programmateur de salle et d’un fan historique.
Étape 3 : mise en récit. Alternance de scènes incarnées (répétition, backstage) et d’analyse musicologique (structure, instrumentation, influences).

Résultat : un article qui « fait entendre » le sujet autant qu’il le raconte.

Un œil critique sur l’innovation

Elle teste en ce moment les capacités de l’intelligence artificielle générative pour le mastering rapide. Verdict provisoire : bluffant sur les démos lo-fi, insuffisant pour les arrangements orchestraux. Les NFT ? Sur dix projets explorés, seuls deux offrent une réelle valeur artistique. Le Web3 reste un far west fascinant, mais l’artiste doit garder la main.


Passionnée jusqu’au bout des ondes, elle croit fermement que la musique se lit autant qu’elle s’écoute. Si ces lignes font vibrer votre curiosité, glissez vos écouteurs, parcourez nos autres dossiers « coulisses de festivals » ou « playlist thérapeutique », et prolongez la conversation : la prochaine pépite sonore se cache peut-être à l’autre bout de votre fil d’actualité.