jeudi, avril 26, 2018
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Le jeu de l’amour et du hasard : Jeu, set, et match !

La pièce « Le jeu de l’amour et du hasard », écrite par Marivaux, et mise en scène par Catherine Hiegel, qui se joue jusqu’à la fin avril au Théâtre de la porte Saint-Martin dans la capitale, est une belle réussite. Un casting brillant, et des larmes (de joies) au rendez-vous.

 

« Puisque le diable le veut. Et elle aussi ». Nouvelle réplique et nouveaux éclats de rire dans une salle presque comble. La phrase d’Arlequin (Vincent Dedienne), à Lisette (Laure Calamy) plie une bonne partie de l’audience en deux. Il faut dire que depuis un peu plus d’une heure, la troupe de Catherine Hiegel (metteur en scène) s’est mis le public dans la poche. D’accord, « Le jeu de l’amour et du hasard », comme s’intitule la pièce de Marivaux est, de base, drôle, pleine de situations absurdes et qui sont faites pour s’esclaffer. Mais la représentation qui y est donnée depuis quelques semaines dans le 10e arrondissement de Paris, au théâtre de la porte Saint-Martin, vaut le détour, car elle y apporte une fantaisie supplémentaire et subtile, qui magnifie le chef d’œuvre.

 

Vincent Dedienne comme genèse du projet

 

Belle ironie, le spectacle lui-même s’est monté un peu au hasard. Comme le choix de Vincent Dedienne dans le rôle du valet propulsé grand seigneur par exemple : « Je l’ai rencontré par hasard dans la rue, je lui ai dit que je l’admirais, et il m’a confié qu’il serait heureux d’arrêter un peu le one man show (il jouait depuis 2014 son seul en scène « S’il se passe quelque chose », NDLR) pour se lancer dans un vrai rôle, un rôle de Marivaux. On s’est revu, et on a décidé de travailler ensemble », racontait ainsi Catherine Hiegel à L’Avant-Scène Théâtre. La native de Montreuil pour qui « tout part des acteurs », comme le pensait Marivaux. Après avoir joué cette pièce dans les années 70, et son succès avec sa mise en scène des Femmes Savantes de Molière l’an passé, l’ex membre de la Comédie Française décide donc de monter un spectacle autour du talentueux comédien, avec des acteurs qu’elle connaît pour les avoir, pour la plupart, eu comme élèves au Conservatoire National d’art dramatique !

Et on voit bien que, malgré le fait qu’il n’est pas à proprement parler, le premier rôle, Vincent Dedienne rayonne dans cette pièce, surtout par le duo qu’il forme avec Laure Calamy. Mais revenons-en à l’histoire. Qui nous rappelle d’un coup qu’elle a été jouée pour la première fois en 1730. Car, à la genèse de cette comédie aux airs de vaudeville, c’est l’intention d’un noble, Monsieur Orgon, campé par Alain Pralon, sociétaire honorable de la comédie Française, de marier sa fille, Silvia (Clotilde Hesme). Mais celle-ci ne se sent pas prête à se livrer à un homme qui, en apparence serait charmant, tout en faisant un mari exécrable une fois les portes du domicile closes. Une inquiétude que partage, à sa façon, son promis, Dorante (Nicolas Maury, que beaucoup connaissent pour son rôle dans la série à succès Dix pour Cent). Les deux partis choisissent donc de se travestir sous les trais de leur valet et femme de chambre respectifs (Lisette devient ainsi la maîtresse et Arlequin prend la place de Dorante). Une coïncidence que les deux partis ignorent, sauf le père, et le frère Mario (Cyrille Thouvenin). D’où les multiples quiproquos qui vont s’enchaîner pendant plus d’une heure et demie, et le mal d’abdos avec lequel on ressort de cette salle.

 

Une ovation du public à la fin de la représentation

C’est donc dans le charmant jardin de la toute aussi belle propriété de Monsieur Orgon, sur la magnifique scène du théâtre de la porte Saint Martin que l’intrigue prend lieu. On vous a donc parlé du duo impressionnant formé par le couple Dedienne-Calamy, en vous vantant les mérites du Molière de l’humour 2017, que la plupart voient peut-être depuis les médias, et surtout dans sa chronique régulière sur Quotidien. Mêmes éclats de rire en effet en le voyant évoluer sur le planches, mais ce ne serait pas rendre hommage à sa partenaire de n’évoquer que Vincent Dedienne. Car Laure Calamy livre aussi une partition presque parfaite, jouant juste, à la fois la servante qui prend les manières d’une dame (hilarant) et la femme charmée par celui qu’elle croit être Dorante, et donc totalement perdue. De l’autre côté, Clotilde Hesme (Silvia) et Nicolas Maury (Dorante) sont tout aussi justes, spontanés et rigolos. Les deux amoureux qui s’ignorent font largement durer l’attente, avec talent. Dans son rôle du père instigateur et amusé, avec son fils Mario, Alain Pralon semble avoir inventé le rôle pour lui ! Même Arthur Gomez, qui joue un autre serviteur de la maison, fait pouffer de rire les spectateurs lors de ses rares incursions sur scène. D’où l’ovation donnée à toute la troupe, par un public prêt à se casser les deux mains pour applaudir.

Plus que leur fraîcheur, c’est le fait que Catherine Hiegel parvienne à nous donner l’impression d’avoir rajeuni le spectacle sans en avoir touché une seule ligne- son plus gros défaut selon elle –qui est louable. Ce qui fait très justement dire à Hiegel : « La pièce est créée en 1730 (…), cinq révolution plus tard, rien n’a changé, ce qui enlève tout espoir : le destin de chacun est lié à sa naissance, au hasard ». Une belle ironie de plus.

 

Le jeu de l’amour et du hasard

 

Théâtre de la porte Saint-Martin
Horaires : du mardi au vendredi à 20 h, samedi à 17 h et 20 h 30, dimanche à 16 h.
Jusqu’au 29 avril.

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