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Edmond : Une histoire de poupée russe

Raconter le processus de création de l’une des plus grandes pièces du répertoire français, Cyrano de Bergerac, c’était le pari d’Alexis Michalik lorsqu’il a imaginé « Edmond ». Au final c’est un chef d’œuvre dans un chef d’œuvre.

« C’est un roc ! C’est un cap ! Que dis-je c’est un cap ? C’est une péninsule ! ». Que vous ayez un tant soit peu suivi vos cours de Français étant jeune, que vous soyez un lecteur assidu de théâtre ou bien fan de Gérard Depardieu (voir ci-dessous), vous reconnaîtrez très certainement en  moins de deux secondes la provenance de ces paroles : De la pièce d’Edmond de Rostand, Cyrano de Bergerac.  Après « Le porteur d’histoire » et « Le cercle des illusionnistes », qui mixaient les références à de grands noms de la littérature ou du cinéma (tantot Dumas et Homère, tantôt Meliès ), c’est donc à un autre auteur célèbre qu’Alexis Michalik s’est attaqué il y a deux ans, lorsqu’il écrit la pièce « Edmond ».

 

 

Car plus que la pièce en elle-même (dont la troupe joue quelques extraits, comme si le spectateur assistait à la première représentation de l’histoire au Théatre de la porte Saint-Martin), c’est surtout à la façon dont Rostand, jusqu’alors considéré comme un auteur raté, a monté Cyrano de Bergerac que Michalik a choisi de raconter. Certes, on ne peut évidemment pas dire que tout ce qui se passe dans la pièce, qu’on décrit d’ailleurs comme une comédie pseudo historique, ait réellement eu lieu- on fait ainsi référence pendant le spectacle au Boléro de Ravel, crée en 1928 -mais ce n’est pas vraiment ça qui nous intéresse ici. D’autant que ces bisbilles peuvent s’expliquer par la volonté d’Alexis Michalik de rendre le théâtre accessible à tout le monde, surtout par le comique et l’absurde.

« Happer l’attention du spectateur ! »

 Il s’agit plutôt de souligner l’excellent travail d’écriture et de mise en scène qui a été réalisé. Car dans les faits, on se retrouve avec une pièce comme l’acteur, qu’on a pu voir dans nombre de séries télé (Kaboul Kitchen, Petits meutres en famille…) adore : un spectacle au rythme infernal- quitte à donner des hauts le cœur à certains –avec une troupe de comédiens qui multiplient les rôles, et valsent sur la scène au gré des changements de scènes et de décors (qu’ils déplacent eux-mêmes).

« Il faut happer l’attention du spectateur, aller le chercher. Sinon il regarde son téléphone portable ! », expliquait le metteur en scène, auréolé de deux Molières (meilleur auteur francophone ; meilleur metteur en scène) pour cette pièce, à Paris Match. « Mes influences viennent autant des séries que du cinéma, de la BD ou de la littérature », raconte aussi ce dernier, pour expliquer la rapidité d’enchaînement des scènes, sans aucun temps mort, d’où le fait qu’on ne voit pas passer les 2 heures de spectacle.

2 heures de rire, ou presque

C’est donc en décembre 1895 que commence la pièce, avec un Emond Rostand franchement perdu, après le nouveau « four » de sa tragédie en vers La Princesse Lointaine, malgré le soutien inconditionnel de la star Sarah Bernhardt. Moqué par les auteurs comiques à succès de l’époque comme Georges Feydeau, qu’on retrouve régulièrement, depassé par l’arrivée du cinéma, il entre dans une longue période de feuille blanche, et vit sans le sous, rongé par l’inquiétude de voir sa femme et ses deux enfants se retrouver à la rue.

Jusqu’à ce qu’au bout de deux ans, Coquelin, un celèbre acteur, lui propose d’écrire une comédie en trois actes, malgré les complications financières de ce dernier. Pressé par le temps, il va trouver la solution en bricolant (souvent) et en s’inspirant (surtout) de la romance entre son ami, Leonidas Solny, un bellâtre un peu bêta, et Jeanne, une magnifique jeune femme qui n’aime rien plus que les mots… et admire Edmond Rostand. La fameuse scène du balcon de Cyrano est donc, dans la pièce, la pure copie de celle qu’ils vivent tous les trois pour de vrai. Jeanne agit comme la muse de Rostand jusqu’à la fin de la pièce, d’où l’entremêlement entre la construction de la pièce et la vie amoureuse des deux compères, l’un aspiré par son désir de conquête, et l’autre confronté à la jalousie de sa femme.  C’est donc plus d’1 heure 30 d’une comédie souvent percutante et à rire aux éclats qui vous attend.

Guillaume Sentou est génial dans le rôle d’un Edmond Rostand qui subit plus les évènements qu’autre chose, tandis que Pierre Forest (Coquelin)*, démontre à chaque passage sur les planches qu’il n’a pas volé son Molière du meilleur second rôle. Mais le niveau général de la troupe est à souligner, puisque chacun récite parfaitement sa partition, aussi bien Adrien Melin (Leonidas), que Stéphanie Caillol (Jeanne) ou Nicolas Lumbreras (Georges Feydeau, entre autres). Il faut aussi souligner l’excellent duo des frères Floury (ce soir-là ils étaient interprétés par Pierre Bénézit et Christian Mulot), qui financent le spectacle. Leur accent corse, leurs mimiques et leurs personnages sont poussés à leur paroxysme, ce qui les rend hilarants. Sans oublier le très juste narrateur/patron de café/moralisateur interprété par Eriq Ebouaney (Kingdom of Heaven, Case Départ). Bref, un spectacle impeccable, que l’on pourrait résumer par une phrase de Coquelin dans le rôle de Cyrano : « A la fin de l’envoi, je louche… euh je touche ! ».

 

Edmond d’Alexis Michalik Théâtre du Palais-Royal, 38, rue de Montpensier, 75001. 21 heures.

* comme très souvent les rôles sont doublés voire triplés.

Crédits photos : Ticketac/ Cnews / France Billet

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