ActuMédias.fr | Webzine 100%  culturel & musique  Chroniques et Interviews !

Ari : « Naturellement, quand je compose, je sors des choses positives »

Artiste au sourire omniprésent et ravageur, Ari, dont le style enjoué se retrouve parfaitement dans son dernier single « Elle me fait voyager », est la pause de fraîcheur qu’il vous faut au cœur de cet été étouffant.

 

Son histoire est faite de mélanges, qu’il revendique avec fierté, et d’expériences, belles bien-sûr, mais aussi compliquées voire déprimantes parfois. Des facteurs qui ont façonné cet artiste rayonnant qu’est Ari, l’ex-ingénieur désormais auto-proclamé « livreur de smile », dont la rythmique ensoleillée inonde les réseaux depuis quelques années. De la victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde qu’il a suivi depuis Madagascar, terre de ses racines, à ses projets à venir en passant par son nouveau titre « Elle me fait voyager », Ari se livre. Avec un discernement rare.

 

Toi qui est une personne extrêmement joyeuse et dynamique au quotidien, on imagine que cet été plein de bonheur (notamment grâce à la victoire de l’équipe de France en Coupe du Monde), t’as donné de l’inspiration ?

C’est vrai que je suis plutôt de nature joyeuse. Mais, attention, je ne suis pas un cyborg. Il m’arrive aussi d’avoir des coups de déprime, mais c’est effectivement le dynamisme et ma nature à chercher le beau qui me permet de ne pas stagner dans cet état. En ce qui concerne la victoire des Bleus, rares sont les événements qui permettent une réelle communion du Pays, alors comment ne pas être inspiré ? D’un point de vue sportif tout d’abord, parce que c’est un travail de longue haleine mené par Didier Deschamps, mais aussi d’un point de vue identitaire. Surtout pour moi qui suis un enfant issu de l’immigration, né à Madagascar et ayant grandi ici à cheval entre deux cultures. Voir cette équipe métissée comptant notamment tant de joueurs d’origine africaine gagner la coupe du monde montre aussi ce que donne le potentiel des africains lorsque ceux-ci bénéficient des structures. Je suis donc forcément fan du geste de (Kylian) Mbappé de reverser une partie de ce qu’il a gagné à son pays d’origine (son père est d’origine camerounaise, NDLR). C’est clairement une démarche dans laquelle j’ai envie de m’inscrire à moyen et long terme. Car comme pour l’Afrique de manière générale, les jeunes de mon pays d’origine ont un talent fou et un potentiel ahurissant, mais ne bénéficient pas des structures pour les faire éclore.

« J’ai vu la finale dans un hôtel isolé, mais ça ne m’a pas empêché de finir à poil ! »

 

– Est-ce que, réellement, la victoire des Bleus t’a inspiré une ou plusieurs chansons pour des projets futurs ?

A vrai dire, j’ai vu la finale dans un hôtel isolé du côté de Mahajanga à Madagascar. On devait être une petite cinquantaine entre les clients de l’Hôtel et les pêcheurs du village. J’ai donc ressenti la victoire de manière édulcorée. Mais l’effervescence était quand même là, ça ne m’a pas empêché de finir à poil dans la piscine …! Cette victoire me renvoie effectivement à des thèmes sur lesquels je travaille déjà, le métissage et la communion.

 

Tu es en vacances en ce moment et ça tombe bien, tu as sorti fin mai le titre «Elle me fait voyager», avec une rythmique très énergique. Ce sont tes rencontres avec Dama de Mahaleo, Poopy ou encore Rak Roots, des artistes malgaches avec lesquels tu as collaborés, qui t’ont aidé à composer ce morceaux ?

Oui ! Je me disais que pour accompagner mon public pendant l’été, il était de mise de composer un titre ensoleillé. Effectivement mes rencontres avec ces génies de la musique malgache m’ont indirectement amené à cela. Car c’est le premier titre que je fais en collaboration avec un beatmaker de mon île natale (le talentueux NirinA).

 

Auparavant, tu as fait de nombreux « cover » d’artistes francophones, dont celles de Damso (Mwaka Moon) et Bigflo et Oli (Papa) ces derniers temps. Tu trouves que la scène française a une fantaisie qu’on ne retrouve pas ailleurs ?

Oui, et je continue à le faire. Dès qu’un titre actuel me parle je fais un cover. Mais j’aime bien alterner avec les titres de Madagascar. Il y a effectivement dans la scène française une créativité et des propositions vraiment intéressantes. Surtout dans le Rap Français, ne nous le cachons pas. A l’heure actuelle ce sont eux qui cassent les codes (aussi bien artistiquement que buisinessement), et au-delà de ça, ils font même vivre et évoluer la langue et donc notre culture. Prenons l’exemple de Booba (en faisant fi de son actualité morose …), il fait une chanson qui s’intitule ”OKLM”, l’expression “Au calme” est utilisée à tout bout de champ et par tout type de personnes, même celles qui n’écoutent pas du Rap. Les artistes pop aujourd’hui en France n’ont pas cette influence.

 

« Le confort matériel ne peut compenser le vide de sens »

 

Tu chantes donc sur du Damso, mais aussi du PNL, ou encore Vianney. Des chanteurs/rappeurs qui, à la base, écrivent des textes plutôt « sombres » et mélancoliques. Ce n’est pas difficile pour toi de retourner ça afin d’en faire un hymne à la joie ?

Je suis un garçon d’intuition. Quand je fais un cover, je la fais parce qu’elle me parle, et il n y a pas que les titres joyeux qui me parlent. Je peux très bien reprendre “A l’Ammoniaque” ou “Macarena” en gardant l’essence la chanson parce que je la sens telle qu’elle. Mais il arrive aussi que je réinterprète un titre initialement sombre de manière joyeuse quand un texte peut-être vu à double sens. C’est par exemple le cas avec ma version de “Egérie” de Nekfeu. Je fais les choses comme elles me viennent, comme je le sens.

 

Le bonheur, c’est finalement ce que tu es allé chercher en démissionnant de ton poste ingénieur en systèmes d’information à La Défense pour te consacrer à la musique, en 2015. Comment cette décision s’est prise ?

Effectivement. J’ai passé une longue partie de ma vie à me laisser porter sans vraiment savoir ce que je voulais. J’ai toujours été bon à l’école, donc j’ai fait une école d’ingénieur par défaut. Et j’ai adoré mes études ! Les études en elles-mêmes, mais aussi la vie associatives, et il faut être honnête, c’est là où j’ai fait le plus de musique… Puis une fois les études terminées, j’ai continué sans me poser de questions, je suis donc tombé dans un boulot de consultant à la Défense, cliché du jeune cadre dynamique. Et là je suis tombé dans un ennui profond. C’était la première fois de ma vie que je m’ennuyais. Ma situation était confortable, mais ma vie d’une banalité assassine. Alors en suivant mon intuition, j’ai préféré partir et faire ce qui me rendait vivant : la musique. J’en ai déduis une chose à titre personnel : le confort matériel ne peut compenser le vide de sens. Pourquoi serait-il possible sinon que certains millionnaires soient en dépression ?

 

Tu t’es lancé dans la musique à tes 15 ans, aux côtés de ton cousin. Il a, on imagine, une importance toute particulière dans ta carrière…

Se lancer est un bien grand mot. Mais disons que c’est avec lui que j’ai commencé à écrire, et à tripatouiller les logiciels d’enregistrement. Je me souviens encore de notre première composition “Tu n’as pas voulu de moi”, cliché et « gnan-gnan » à souhait. Mais ce qui compte c’est la démarche de création. Aujourd’hui mon cousin n’est plus du tout dans la musique, il a conservé ça comme hobby. Mais je lui envoie mes créations, il me donne son avis, et aura toujours une place toute particulière dans mon cœur.

 

Tu n’as jamais eu l’envie de retransmettre ta mélancolie, ou ta tristesse, à travers des chansons ?

C’est vrai que naturellement quand je compose, je sors des choses positives et joyeuses. Non pas parce que je suis toujours joyeux, mais parce que quand ça va mal aussi, je m’efforce à chercher ce qui est beau dans ce que je viens de vivre. Par conséquent, quand j’écris je suis dans cette recherche. Parfois on ne trouve pas toujours tout de suite la part de lumière, mais elle finit toujours par pointer le bout de son nez. Alors même dans mes titres “tristes”, il y aura un mot, une phrase qui montre l’espoir.

Enfin, quelle est la suite du programme pour toi (nouveaux singles, albums) ? Où pourra-t-on te voir dans les mois à venir ?


Je suis actuellement dans un travail de composition. Cette année, je sortirai des titres un peu de manière sporadique afin de tester de multiples choses pour à moyen terme faire un album. Mais cela nécessite des expérimentations, des essais, des erreurs (l’ancien ingénieur qui parle). Je continuerai aussi les covers, de titres français, et les traductions de titres malgaches. Je serai en concert dès la rentrée sur Paris, mais il faut suivre mon actualité pour avoir les dates ! Pour ceux qui ne peuvent pas attendre vous pouvez toujours me demander en concert chez vous sur arichezvous.com !

 

Propos recueillis par Vincent Roussel

Vous aimez cet article ? Partagez-le !

A propos du rédacteur

Rédiger une réponse